| Comment être sûr d'améliorer l'état de l'oeuvre sans trahir la pensée originelle de l'artiste ? Les techniques scientifiques apportent de précieux renseignements sur les changements opérés sur la toile. Exemple avec Les Noces de Cana de Véronèse. |
A la demande des bénédictins du monastère de San Giorgio Maggiore à Venise, Véronèse exécute, en 1563, une fresque relatant un des miracles de Jésus : le changement de l'eau en vin lors d'un mariage à Cana en Galilée. Un véritable chef d'œuvre de la Renaissance italienne que s'est empressée d'acquérir la France lors de la campagne d'Italie, en 1797. Exposée au Louvre, cette toile fait face à la Joconde.
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Les Noces de Cana
de Véronèse est la plus grande toile du Louvre. Photo © DR
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Soumis aux affres du temps, Les Noces de Cana ont besoin d'être restaurées. Une telle opération réclame une extrême rigueur et des informations précises sur la commande du tableau et sa réalisation, ainsi que sur les déplacements et restaurations anciennes de l'œuvre. En 1990, les chercheurs du Laboratoire de recherche des musées de France (LRMF) rejoignent l'équipe d'historiens et de six restauratrices. Leur mission : passer la toile au crible. Radiographie, prélèvements de peinture, analyses chimiques, rien ne lui sera épargné.
Avant toute chose, un nettoyage de la toile s'impose. Les poussières sont éliminées avec quelques gouttes d'ammoniaque. Les restauratrices allègent délicatement la couche de vernis à l'aide d'un mélange de solvants, au préalable testé pour éviter l'altération de la peinture. Surprise. Le manteau rouge du personnage, en bas à gauche, vire au vert. Couleur comparable à celle des manches et du turban de l'individu. Un examen minutieux à la loupe, révèle aussi que le rouge suit maladroitement les contours du manteau. Ce manque de soin semble peu compatible avec le travail de Véronèse. D'où vient alors ce vert ? Est-ce la couleur voulue par le peintre ou est-ce une simple réaction chimique ?
Entrée en jeu des scientifiques du LRMF. Cette toile de 6,66 x 9,90 m est bombardée aux rayons X. La radiographie est systématiquement requise lors de travaux de restauration pour observer les moindres changements apportés à l'œuvre depuis sa réalisation par l'artiste. Ce même personnage au manteau rouge présente quelques modifications: étoffement de sa barbe, orientation différente du visage et du pan de son manteau. Néanmoins, l'équipe d'experts les estime peu pertinentes car elles ne soulignent pas une transformation évidente de cet homme.
| "Des faits insoupçonnés révélés par des analyses physico-chimiques" |
Deuxième recours : l'étude stratigraphique. Les scientifiques prélèvent une centaine d'échantillons de peinture sur toute la toile, de 200 micromètres d'épaisseur et en différents endroits du manteau rouge. Des coupes sont ensuite effectuées et observées au microscope pour voir les différentes couches de peinture. Une strate verte est décelée sous le rouge du manteau : de l'acétate de cuivre, comparable à celle du turban et des manches. C'est la preuve indéniable que dans une première version achevée de cette toile, ce mystérieux personnage était complètement vêtu de vert. Une question se pose : Le rouge du manteau a-t-il été ajouté par Véronèse lui-même ou bien par d'autres par une considération de goût ?
L'équipe du LRMF procède alors à une analyse chimique des pigments de la peinture rouge de toute la toile, y compris de ce fameux manteau. Objectif : déterminer s'ils datent de la même époque ou non. L'intérêt ? Savoir si le rouge du manteau est un repeint de l'artiste ou non, notion indispensable à connaître pour la restauration. Résultat : la composition chimique est la même. Tout porte à croire que Véronèse en est bien l'auteur. Mais, d'après les recherches historiques effectuées sur l'œuvre, une copie réalisée quarante-quatre ans plus tard présente exactement ce même pigment rouge. Que faire ? Analyser la composition chimique de l'huile qui lie les pigments entre eux dans la peinture rouge : c'est le liant. Les acides gras contenus dans cette huile révèlent la présence de résines naturelles dans les échantillons prélevés sur le manteau, uniquement. Conclusion : ce manteau était bien peint en vert par Véronèse. Grâce à ces informations physico-chimiques et d'histoire de l'art, les restauratrices peuvent repeindre ce manteau en vert conformément à l'origine.
Ces évolutions techniques ont bouleversé la restauration de
peintures. L'association science, art et histoire fonctionne bien. Elle
a mis au jour d'incroyables découverrtes sur l'évolution des tableaux,
et sur certains faits insoupçonnés, à l'image des Noces de Cana.
Mais il renferme un grand mystère que la science ne peut percer. Qui a
modifié ce manteau et pourquoi ?
La restauration est aussi ancienne que la création artistique, jusqu’au XVIII ème siècle, elle était réalisée en toute liberté par des artistes de renom au grès des modes et de la société.
Au XVIII ème siècle, la technique fait son apparition dans la restauration des peintures sur bois ou sur toile.
On partage les fonctions entre le rentoileur, le restaurateur et l’ébéniste. Le premier entoile ou transpose, le second nettoie et retouche la peinture. L’ébéniste « parquette » quand il s’agit de peinture sur bois.
C’est à partir de cette époque que la profession de restaurateur devient une affaire de spécialistes. (Les premières transpositions de tableaux).
Du XIX ème au début du XXéme, une éthique professionnelle dans les pratiques du restaurateur germe, une recherche du respect de l’original et de l’authenticité, dans l’emploi des matériaux, la pérennité et le devenir des œuvres. Une technicité croissante de ce début du XXéme siècle allie à la science la restauration moderne. L’analyse scientifique apporte outre l’expertise d’une œuvre une précieuse aide au diagnostic et à la restauration.
Cette dimension scientifique et de recherche de la profession de restaurateur va faire évoluer le niveau de connaissances au niveau scientifique et théorique en restructurant la formation des restaurateurs qui jusqu’alors était transmise le plus souvent de père en fils dans les ateliers.
En 1974, débute à l’université de Paris, une section spécifique à la formation des restaurateurs : la maîtrise des sciences et techniques, conservation restauration des œuvres d’art et archéologiques. C’est en 1977 que date l’institut français formant en théorie et pratique à la restauration –conservation des œuvres d’art (sous le gouvernement Giscard d’Estaing à son initiative dans le cadre d’une politique d’encouragement des métiers d’art).
Cette période des années 80 est marquée des disparités de la profession du restaurateur, d’un coté des pratiques d’une restauration dite de pointe et de l’autre coté celle de l’héritage d’un artisanat. L’intrusion de la théorie et l’émergence d’une dimension plus scientifique avec des recettes du passé et ses secrets d’atelier.
Au fur et à mesure la disparition des ateliers de restauration artisanaux. L’adoption collective d’une charte, création d’associations de restaurateurs indépendants. Le dialogue et les divulgations des travaux sous forme de rapports vont faire évoluer la profession de restauration, cette coexistence apportant progressivement un niveau de compétence égal aux différents protagonistes de la restauration.
En 1964 a lieu à Venise le IIe Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques. À cette occasion, une Charte dite de Venise est adoptée. Elle définit, sur le plan international, les grandes règles de la conservation et de la restauration du patrimoine monumental1.
Le 11 juin 1993, l'assemblée générale de la Confédération Européenne des Organisations de Conservation-Restauration (E.C.C.O.) en adopte la définition suivant : « elle consiste à intervenir directement sur des biens culturels endommagés ou détériorés dans le but d'en faciliter la lecture tout en respectant autant que possible leur intégrité esthétique, historique et physique ». Selon l'E.C.C.O., la restauration se distingue ainsi de la « conservation » matérielle, qui est « préventive » lorsqu'elle agit « indirectement sur le bien culturel, afin d'en retarder la détérioration ou d'en prévenir les risques d'altération en créant les conditions optimales de préservation compatibles avec son usage social », ou « curative » lorsqu'elle intervient « directement » sur lui « dans le but d'en retarder l'altération »2.
Avant toute entreprise de restauration de tout ou partie d'un monument historique, il y a une étude archéologique du site. Comme pour l'archéologie classique, chaque modification, chaque élément (sol, enduit, papier peint, mur, porte) d'une construction est considéré comme une unité stratigraphique. La découverte par sondages de fresques médiévales dans une église (parfois recouvertes de plusieurs enduits accumulés au cours des siècles) fait appel à des techniques d'Archéologie du bâti. L'interprétation de ces œuvres et leur mise en perspective dans le contexte historico-religieux de leur époque nécessite de la part du restaurateur d'art des connaissances qui font de lui plus qu'un simple technicien.
Les écoles contemporaines de restauration mettent l'accent, dans
leurs interventions, sur les principes de lisibilité, de réversibilité
et de respect de la création originale.
Les formations actuelles de restaurateurs agréées par l'État3
comportent une formation scientifique approfondie (chimie, physique des
matériaux,...) qui complète la formation d'histoire de l'art4.
L'importance historique et patrimoniale d'une intervention de
restauration implique une planification minutieuse. Le type de
restauration, son étendue et ses buts sont définis en amont après
collecte et analyse d'une documentation historique.
Cet examen, usuellement mené par une équipe pluri-disciplinaire, peut
amener aussi bien à conserver l'aspect dégradé de l'œuvre avec une
simple consolidation qu'à reconstituer l'intégrité des éléments.
Restaurateur au travial
En France, les formations publiques sont assurées par :
Les formations privées sont assurées notamment par :
La partie réglementaire du code du patrimoine prévoit que les seuls restaurateurs à pouvoir intervenir sur les collections des musées de France sont ceux diplômés de second cycle l'enseignement supérieur français, par formation initiale ou validation des acquis de l'expérience ou ceux qui ont obtenu reconnaissance de leur qualification par habilitation du ministère de la Culture.
Le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels de Rome, organisme intergouvernemental qui joue un rôle consultatif auprès de l'Unesco pour les questions du patrimoine mondial, délivre une formation à la restauration.
Façade et sgraffites de l'Hôtel Ciamberlani (Paul Hankar, 1897) à Bruxelles avant...
Panneau central du seul diorama subsistant du photographe Louis Daguerre (atelier de restauration de Bry-sur-Marne).
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